Tarot de Marseille : origines, structure des 78 cartes et lecture
Le tarot est né comme un jeu de cartes italien au XVe siècle et n'a été utilisé pour la divination qu'à partir de la fin du XVIIIe. Connaître cette chronologie change la façon de lire un tirage : les images ont un sens avant d'avoir un usage.
Le tarot est d’abord un jeu. Les plus anciens exemplaires connus, les tarots dits Visconti-Sforza, sont peints en Italie du Nord dans les années 1440 pour des cours princières, et servent à un jeu de levées apparenté au bridge, encore pratiqué aujourd’hui sous le nom de tarot français. Aucune source de cette époque ne leur attribue un usage divinatoire.
Une chronologie qui explique beaucoup
L’usage divinatoire apparaît à Paris à la fin du XVIIIe siècle. En 1781, Antoine Court de Gébelin publie un texte qui attribue au tarot une origine égyptienne et un contenu ésotérique. L’hypothèse est aujourd’hui écartée par les historiens, le jeu étant bien italien et bien plus récent, mais elle a fondé toute la tradition postérieure. Peu après, un cartomancien parisien connu sous le pseudonyme d’Etteilla publie les premiers manuels de tirage.
Le « tarot de Marseille » est quant à lui un standard d’imagerie, fixé par des cartiers français aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ce n’est pas un jeu unique mais une famille : les éditions Conver, Dodal ou Noblet diffèrent dans le détail des traits et des couleurs, et ces différences nourrissent encore les débats entre écoles.
Comment le jeu est structuré
Vingt-deux arcanes majeurs. Numérotés de I à XXI, plus le Mat qui ne porte pas de numéro. Ce sont les figures les plus connues : le Bateleur, l’Impératrice, l’Hermite, la Roue de Fortune, la Tempérance. Dans le jeu de levées, ce sont simplement des atouts.
Cinquante-six arcanes mineurs. Quatre séries (bâtons, coupes, épées, deniers) de dix cartes numérales et quatre figures : valet, cavalier, reine, roi. La structure est celle des jeux de cartes classiques, dont nos couleurs actuelles dérivent.
Le total fait 78 cartes. Les enseignes des mineurs viennent des jeux mamelouks arrivés en Europe à la fin du XIVe siècle, ce qui situe l’ascendance du tarot du côté du bassin méditerranéen, et non de l’Égypte ancienne.
Ce qu’est un tirage
Un tirage est une disposition dont chaque emplacement porte un sens décidé à l’avance. Le tirage en trois cartes attribue par convention un passé, un présent et une orientation. La croix celtique, plus tardive et d’origine anglo-saxonne, en compte dix. Le sens ne naît donc pas de la carte seule mais du croisement entre son image et la position qu’elle occupe.
Les écoles divergent sur des points concrets : faut-il lire les cartes retournées comme un sens inversé, faut-il mélanger les majeurs et les mineurs, faut-il tirer soi-même. Ces désaccords sont anciens et documentés, et ils indiquent bien que l’on est devant une tradition d’interprétation, non devant une méthode unique.
Lire une carte sans manuel
Les images de Marseille sont lisibles pour elles-mêmes, et c’est probablement ce qui explique leur longévité. La Roue de Fortune montre un mouvement circulaire où ce qui monte redescend : le thème du cycle y est visible avant toute glose. L’Hermite tient une lanterne qu’il oriente vers le bas, ce qui suggère un éclairage restreint et proche. Regarder ce que la carte montre avant de chercher ce qu’elle « signifie » reste le meilleur exercice pour qui débute.
Questions fréquentes
Le tarot vient-il vraiment d’Égypte ?
Non. Cette attribution date de 1781 et relève de l’égyptomanie du siècle des Lumières, à une époque où les hiéroglyphes n’étaient pas encore déchiffrés. Les sources matérielles situent le tarot en Italie du Nord au XVe siècle, dans la continuité des jeux de cartes venus du monde mamelouk.
Faut-il un jeu neuf, et faut-il le « purifier » ?
Ce sont des usages, pas des règles. Ils viennent de traditions occultistes du XIXe siècle et varient d’une école à l’autre. Rien dans l’histoire du jeu ne les impose, et beaucoup de praticiens contemporains s’en dispensent.
Quelle différence avec le tarot de Rider-Waite ?
Le Rider-Waite, publié à Londres en 1909, illustre aussi les arcanes mineurs par des scènes, là où Marseille se contente de motifs répétés. Cette différence est décisive à l’usage : le Rider-Waite guide l’interprétation par l’image, Marseille la laisse au lecteur. Les deux jeux ont donc des pédagogies opposées.
Peut-on apprendre le tarot seul ?
Apprendre le vocabulaire d’un jeu, oui : il existe une littérature abondante et les correspondances sont écrites. C’est un apprentissage de symbolique et d’histoire de l’image, comparable à celui d’un répertoire iconographique. Ce que cet apprentissage ne confère pas, c’est une capacité à connaître l’avenir.